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Si je vous disais que ses trois associés dans l'affaire de Freeport, totalisent cent soixante-dix ans d'interdiction de séjour! L'église est toujours fermée. Pour les invités, il y avait aussi un bar, dissimulé dans un panneau du mur qui se rabattait à l'horizontale. Angelo se décida et avança à travers le carrefour. Je les connais tous. Dans ce coin où les gens vous tuaient pour un paquet de cigarettes, cela fit l'effet d'un révulsif. Mais elle aurait fait n'importe quoi pour échapper à l'univers gris et morne des services russes. Aussi loin que peut aller, à force de soumission et d'acharnement, le fils d'un ouvrier et d'une femme de ménage.

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C'est lui qui a obtenu sa licence pour le Casino. Contre un million de dollars, versé dans une banque suisse. Or, derrière Minsky c'est tout le Syndicat et la Mafia. Le crime organisé. Par personne interposée, ces gens sont en train de mettre la main sur les Bahamas. Malko se gratta la gorge poliment: — Vous n'êtes pas en train de vous éloigner du sujet? Dans un pays normal entretenant des relations amicales avec nous, l'enquête aurait été facilitée. Or, c'est cette canaille de Bert Minsky qui paie la police dans l'Ile.

Côté gouvernement, nous nous heurtons à Sir Frédéric March. A ses yeux, Minsky est un parfait gentlemen Si je vous disais que ses trois associés dans l'affaire de Freeport, totalisent cent soixante-dix ans d'interdiction de séjour!

Clark écrasa son cigare dans le cendrier et laissa errer son regard sur les bois de Langley. Mais cela me turlupine que Mitchell ait justement disparu dans le fief de l'un des pires.

De cette façon bizarre. Et n'avait jamais eu aucune relation avec la pègre. Je vois mal la Mafia faire du racket avec la C. Ils pourraient exercer une sorte de chantage. Sur nous ou sur d'autres? Même aux Bahamas, cela serait trop grave. Surtout avec un type de la N.

Vous avez vu l'état de Martin? Ils seraient capables d'envoyer les Marines le récupérer. William Clark eut un geste évasif : — Si je le savais, je ne vous enverrais pas là- bas Malko revint à la charge : — Enfin, si votre type a choisi la liberté, d'une façon ou d'une autre, il a le temps d'être à Pékin maintenant. Même en bateau. Mais il y a cette information reçue aujourd'hui. Je n'aime pas ce genre de coïncidence. Mais cela ne peut durer.

Avant d'annoncer à la presse qu'un de nos meilleurs codeurs s'est noyé accidentellement, je voudrais être sûr de ne pas le retrouver à Moscou ou à Pékin Malko ne paraissait pas enthousiaste. Les Bahamas, même à un saut de puce de Miami, c'est notre secteur. J'ai compris au Burundi. Jack Harvey sur le plan local, vous aidera, allez avec lui voir son informateur, Je ne peux pas lui confier dix mille dollars. On ne le reverrait jamais. D'autre part, si cette information doit nous mener à Mitchell, il faut payer.

C'est à vous de juger. Parce qu'on compte sur les doigts de la main, les cerveaux aussi brillants que lui. Et si nous avions à refaire nos codes, la réfection de votre château, à côté, serait une aimable plaisanterie. Un tout petit code. C'est une affaire de routine. Si je vous disais combien je gagne, moi, vous me traiteriez de fou!

Ce sont les gens comme vous qui font croire au public que l'espionnage est un métier doré! Clark haussa les épaules. Je vous ai retenu une place, en première, sur un vol des Delta Airlines qui part dans trois heures pour Miami.

La Panam a une espèce de pont aérien. Dès que vous arrivez, vous téléphonez à Jack Harvey. Malko lui serra la main un peu froidement. Sur le pas de la porte, Clark lui glissa: — Ne prêtez pas d'argent à Jack Harvey.

Quand il ne travaille pas pour nous, il est un peu maquereau. A Nassau, il vit des dames remuées par le soleil. Malko passa les divers contrôles de sécurité au rez-de-chaussée et se retrouva au soleil. Irina Malsen sauta essoufflée de son taxi devant les bâtiments de l'aéroport d'Arlanda-Stockholm.

Pendant qu'un porteur prenait sa valise, elle se précipita au guichet de la Scandinavian. S'il vous plaît. Il est midi et nous décollons à 13 heures. Arrivée New-York 17 h. Irina tendit son billet.

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En vingt secondes tout fut réglé. Elle ne serait en sécurité que dans le super DC 8 de la Scandinavian qu'on finissait de charger. Son regard erra sur le tableau des départs. De quoi rêver: la Scandinavian allait partout: 14 h 05, décollage pour Santiago du Chili; 14 h pour Nairobi et l'Afrique du Sud. L'avion de Tokyo était déjà parti mais un DC 9 brillant et flambant neuf allait décoller pour le Moyen-Orient.

Si seulement elle avait pu choisir, échapper à son cauchemar. Mais déjà on appelait le vol de la Scandinavian. Un peu plus tard Irina Malsen appuya sa tête au hublot, les yeux perdus dans l'immensité cotonneuse qui défilait au-dessous du DC 8 de la Scandinavian Airlines. Il fallait un sérieux effort d'imagination pour réaliser que le Jet se trouvait à onze mille mètres. Le voisin d'Irina, un grand danois blondasse et dégingandé ne quittait pas le profil de la jeune femme des yeux.

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Depuis le départ, il tentait vainement d'engager la conversation. Son nez retroussé, la douce et épaisse chevelure blonde, les dents très blanches qu'on apercevait entre deux lèvres d'un rose très naturel sans maquillage et surtout le profil si pur, tout évoquait une fille très jeune, presque une jeune fille.

Elle avait la pureté de teint qu'on rencontre souvent chez les gens qui vivent beaucoup au grand air dans les pays humides. Irina tourna la tête au même moment et il rencontra deux yeux froids et verts qui avaient cent ans de plus que le visage auquel ils appartenaient. Il eut tout à coup l'impression qu'une troisième personne se glissait entre eux et ravala son désir. La longue cabine de la classe touriste, décorée d'un bleu très pâle reposant pour les yeux était aux trois quart pleine.

Sur la rangée d'Irina, de l'autre côté de la travée centrale, il y avait trois hommes d'affaires suédois tristes comme un matin d'hiver, qui, eux aussi, ne cessaient de tourner la tête vers la jeune femme.

La Suède avait disparu au milieu des cumulus grisâtres. Irina détacha sa ceinture et inclina le dossier de son fauteuil. On y était comme dans un lit. Il régnait une fraîcheur agréable dans la cabine et le bruit des réacteurs était presque imperceptible. Le steward se pencha vers Irina: — Désirez-vous boire quelque chose avant le dîner, mademoiselle? Quand elle eut sa coupe de Moët et Chandon, elle y trempa ses lèvres et laissa son palais s'imprégner de mousse, tout en rêvant les yeux mi-clos.

Le regard admiratif de son voisin posé sur elle l'agaçait et lui causait une certaine amertume en même temps. S'il avait connu sa véritable personnalité, il aurait vraisemblablement demandé à changer de place. Sans un départ rapide, Irina aurait risqué de l'y rejoindre. La section chargée de recueillir des renseignements par l'intermédiaire de jolies femmes spécialement entraînées. Oh, on était loin de Mata-hari. Là comme ailleurs, les Russes avaient formé leur personnel avec une absence totale de sensibilité mais un grand souci d'efficacité.

Puisqu'il s'agissait de séduire des hommes, il fallait mettre tous les atouts dans son jeu. D'autant que les militaires de haut rang ont rarement un physique de play-boy. Irina était passée par un centre de préparation, dans l'Oural. Pendant deux mois, des médecins lui avaient appris, physiologiquement, à procurer le maximum de plaisir à un homme.

Ensuite, elle était passée aux épreuves psychologiques. On lui présentait des partenaires de plus en plus repoussants et elle devait se montrer particulièrement amoureuse. L'examen final avait été assez affreux. Dans une petite pièce meublée uniquement d'un lit, Irina avait été mise en présence d'une épave humaine: un homme d'une soixantaine d'année, un mendiant, noir de crasse, puant l'alcool.

Elle avait dû embrasser fougueusement la bouche aux chicots noirâtres, promener ses lèvres partout sur le corps repoussant, le laisser la caresser et même déclencher un orgasme. Il y avait eu une difficulté inattendue: le vieux, intimidé, était incapable de conclure. La technique d'Irina, à cette occasion, lui avait valu une mention spéciale. Mais elle aurait fait n'importe quoi pour échapper à l'univers gris et morne des services russes.

Irina était allemande. Un jeune commissaire politique l'avait trouvée errante dans les ruines de Dresde, en A douze ans, elle était déjà jolie. A treize elle avait connu plus d'hommes qu'une prostituée adulte. Il s'était alors produit une sorte de miracle: plus Irina se salissait, plus son visage prenait une expression angélique. Encore maintenant, elle arrivait à faire croire à chacune de ses victimes qu'il n'était que son second amant Mais c'était toujours la même routine, d'une simplicité désarmante.

On lui montrait la photo d'un homme, généralement dans la cinquantaine, on lui expliquait comment elle pouvait le rencontrer d'une façon naturelle.

Ensuite, elle couchait avec lui. Souvent pour des motifs qui lui paraissaient futiles.

Un jour, on l'avait fait coucher avec un sergent américain pour qu'elle obtienne l'horaire des autobus reliant une base de missiles à Francfort. C'est toute la valeur que ses employeurs attachaient à son corps magnifique. En plus elle était mal payée. Même pas dollars par mois, On chipotait ses notes de frais, le K. Tous ses bijoux étaient faux.

Le seul bel objet auquel elle tenait, don d'un général italien, était sa boîte à maquillage. Encore cette dernière n'était-elle pas très classique, du moins par son contenu. Un ravissant flacon de cristal et d'argent renfermait des pilules de chlorure d'or et de sodium, un des plus puissants aphrodisiaques minéraux.

Un autre flacon contenait un liquide incolore, du chloroprotixène, utilisé parfois comme tranquillisant, mais qui, à dose bien étudiée, avait plutôt tendance à réveiller les hommes. Un petit pot était rempli d'une pommade extrêmement efficace à base de Yohimbine, de noix vomique et de méthyltestostérone.

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Pour être d'usage local et externe, cette préparation n'en était pas moins extrêmement efficace. Quelques aiguilles d'or tenaient compagnie à cet étrange nécessaire de voyage: les Russes avaient réhabilité l'acupuncture en amour.

Irina avait appris les trois endroits précis du corps masculin où il suffisait d'enfoncer deux millimètres d'une aiguille d'or pour réveiller les énergies les plus endormies. Tout cet attirail ne constituait pas un manque de confiance envers les moyens physiques d'Irina. Mais ses employeurs partaient du principe qu'elle devait produire sur ses amants un effet extraordinaire pour être rentable.

Ces adjuvants avaient donc comme but de donner l'impression aux victimes qu'Irina était une sorte de magicienne de l'amour galvanisant les passions les plus refroidies. Pour trahir, il fallait quand même un motif. En caressant le cuir bleu, Irina songeait à sa vie. Quelle tristesse! Pendant son séjour à Stockholm elle avait essayé un superbe Finlandais blond comme un Viking, bâti comme une statue de Dionysos.

Elle était partie passer un week-end avec lui dans une cabane en plein bois. Pratiquement, il lui avait fait l'amour sans désemparer pendant quarante-huit heures, rendu fou par son corps sans ride et sa technique amoureuse à toute épreuve. Elle en avait retiré plusieurs meurtrissures, un tour de reins et la certitude qu'elle était définitivement frigide.

Elle eut un sourire de pitié pour son colonel qui avait perdu son honneur et sa carrière entre ses jambes. Au fond de sa cellule, il devait encore être persuadé qu'il avait été le premier homme à la faire jouir.

Les haut-parleurs grésillèrent arrachant Irina à sa rêverie. Nous relierons Stockholm à New York en huit heures et quinze minutes, après une escale à Bergen. Nous volerons à une altitude de trentetrois mille pieds. Ce voyage débutait comme un conte de fées, pour elle qui n'avait jamais quitté l'Europe, ni accompli un grand voyage en avion.

Elle lut avec attendrissement le menu, et s'aperçut que la Scandinavian était membre de la plus vieille société gastronomique du monde: la Chaîne des Rôtisseurs. Cela la changerait des repas dans les petits restaurants avec ses amants fauchés. Cinq minutes plus tard, elle étalait avec ravissement du caviar sur un toast. Elle se retrouvait une petite fille heureuse, une sensation qu'elle n'avait pas connu depuis si longtemps.

Le Champagne pétillait sous sa langue. Du Moët et Chandon , merveilleusement sec et glacé. Un luxe qu'elle s'était permis si rarement. En lui retirant son plateau, l'hôtesse souriante lui tendit un petit masque de tissu noir pour pouvoir se reposer en dépit du soleil. Délicate attention. Irina, un peu grisée par le Champagne dont elle avait bu une demibouteille s'endormit immédiatement, bercée par le ronronnement des quatre réacteurs.

Elle rêva de mer, de soleil, de sable, de bonheur. Une odeur d'eau de Cologne la tira de son sommeil. La nuit était presque tombée. Irina ne se rendit même pas compte que les roues avaient touché le sol de JF Kennedy Airport, tant l'atterrissage avait été doux. La Scandinavian vous souhaite un agréable séjour Elle descendit du DC 8 et franchit le barrage de l'immigration dans une sorte de rêve. Une hôtesse de la Scandinavian s'approcha d'elle: — Mademoiselle Malsen?

Vous continuez sur Nassau, je crois. Nous avons reçu un télex de Copenhague. Tout est en ordre. Je vais vous aider à passer la douane. Irina retint un soupir. Elle avait envie depuis si longtemps d'y venir à New York.

Mais elle n'y resterait que quelques heures. Le temps d'acheter des vêtements et de prendre l'avion pour les Bahamas. C'était la mission la plus importante qu'on lui ait jamais confiée. Elle avait rendez-vous à Nassau avec un homme qu'elle connaissait sous le nom de Vassili Sarkov. Il était à Cuba en ce moment, travaillant avec l'organisation castriste D.

D'habitude, il se faisait passer pour chauffeur d'ambassade, mais c'était un des meilleurs spécialistes d'enlèvement du K. Leur mission était assez délicate. Pour une fois, le K. Le soleil frappa le visage d'Irina à travers le hublot.

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Avec un soupir elle ferma les yeux. Elle se demandait sérieusement si, une fois aux Bahamas, elle ne se contenterait pas d'aller sur une plage et de marcher dans l'eau jusqu'à ce qu'elle n'ait plus pied. Elle en avait tellement assez.

A travers les vitres, elle chercha à apercevoir le DC 8 de la Scandinavian. Là où volait le DC 8, il faisait toujours bleu. Irina pensa avec nostalgie qu'elle était comme les pays condamnés sous les nuages. Tout était sombre et triste dans sa vie. Les Bahamas, ce n'était qu'une mission de plus. Il s'agissait de faire économiser au K. Jamais on n'avait estimé son corps aussi cher. C'était une consécration. Un vrai luxe: à Nassau, le lait coûtait cinquante cents le litre.

A peine plus cher que le whisky. La salle était déserte. Angelo était nerveux. Toutes les dix secondes, il se démanchait le cou pour apercevoir à travers la vitrine le coin de Rawson Square où il avait rendez-vous. Pour tromper son anxiété, il alluma une cigarette et examina la rue. Les petites maisons de bois multicolores construites au début du siècle étaient pimpantes sous le soleil. Un policier en casquette rouge réglait la circulation au coin du square.

La rue étant en sens unique, Jack Harvey ne pouvait venir que de la droite. La serveuse lui apporta son lait et il y trempa ses lèvres sèches. A part Sing-Sing, il n'y avait pas beaucoup d'endroits au monde où l'on comptait plus de fripouilles au mètre carré que Bay Street. Un des hommes de l'archipel qui aurait donné le plus cher pour mettre la main sur Angelo, ce lundi 3 juillet.

Bay Street comptait à peu près autant de banques que Las Vegas de machines à sous. Et les Bahamiens avaient beau appeler leurs nouveaux dollars émis en remplacement de la livre sterling funny money à cause de leurs couleurs violentes, on pouvait les échanger partout contre de beaux dollars bien verts, qui, eux étaient tout à fait sérieux. Angelo eut une grimace de dépit en pensant à tout l'argent qui coulait dans la rue.

S'il ne trouvait pas au moins dix mille dollars très vite, il n'avait plus qu'à aller creuser sa tombe de ses propres mains pour éviter ce soin à ceux qui le recherchaient.

Et il avait besoin d'aller assez loin pour trouver la paix. La Jamaïque, pas question. Il avait un petit milliard d'amende qui traînait là-bas pour une vieille affaire de contrebande. Difficile à payer, même à tempérament. Il ne se souvenait plus exactement de la raison pour laquelle il ne devait pas mettre les pieds en République Dominicaine, mais il était sûr que sa mémoire ne le trahissait pas.

Quant aux Etats-Unis, il n'en était même pas question. Il y totalisait environ quatre cent cinquante ans d'interdiction de séjour. Il fallait donc aller beaucoup plus loin: les Iles Vierges.

On y était moins pointilleux sur les passeports et avec un petit capital, il y avait moyen de monter un commerce, sinon honnête du moins florissant. En attendant, il lui restait vingt-huit dollars en poche et Jack Harvey avait dix minutes de retard. Il avait débarqué de Freeport depuis deux jours, déjà. Deux jours pendant lesquels les autres n'avaient pas dû perdre leur temps. Une nouvelle fois, il se tordit le cou pour apercevoir le grouillement de Rawson Square.

Une Chevrolet verte avec des roues jaunes. Jack Harvey était seul au volant. Angelo jeta sur la table la pièce qu'il avait préparé et sortit, suivi par le regard indifférent de la serveuse. Jack Harvey l'aperçut et démarra. L'Italien traversa la rue, monta presque en marche et plongea à l'arrière, où il était protégé des regards par les parois de tôle. Prends à gauche dans Market Street et monte jusqu'à Government House Il s'accroupit derrière le siège d'Harvey. Il y avait un fouillis innommable à l'arrière, des tuyaux, une chaudière et des instruments bizarres.

Jack Harvey avait une petite entreprise de plomberie. Sans jeu de mots. Ce qui ne l'empêchait d'ailleurs pas d'être un honorable correspondant très efficace de la C. Ses grands yeux bleus candides et francs inspiraient une confiance immédiate.

Ainsi que sa nette poignée de main de sportif. Authentique pilote de la B. Juste à pic pour payer une dette de poker. Fataliste, il s'était adapté à ses nouvelles activités avec une remarquable souplesse d'esprit. Angelo lui souffla dans l'oreille : — Tu te fous de moi, ou quoi?

Je t'ai dit que j'étais pressé. Et que c'est un tuyau extra pour tes Ricains. Ils étaient immobilisés au feu rouge de George Street. Dans l'Ile, l'appartenance d'Harvey à la C. Comme Cuba n'était pas loin, il grappillait pas mal de petits trucs, par des types comme Angelo. Ils m'ont promis qu'ils enverraient quelqu'un de Washington. Angelo lui mit la main sur l'épaule: — Ecoute. Mon truc vaut dix mille dollars. Tu leur as dit? Harvey en fit une embardée.

Ses avatars ne lui avaient pas ôté le respect de l'argent. La main se crispa sur son épaule et Angelo répéta, convaincu: — C'est un truc énorme. Mais si ça t'intéresse pas On verra ce soir. Avec ce gars. C'est ça. Bon écoute. Je suis pressé. C'est sérieux. Ils sont capables de te refiler un zing si tu leur amènes ça. Mais faut pas discuter le prix. Alors je te donne jusqu'à ce soir. C'est peinard, il n'y a que des retraités le soir. Viens avec le pognon.

Sans laisser à Harvey le temps de répondre, il passa sur la banquette à côté de lui. Ils roulaient très lentement dans Shirley Street, parallèle à Bay Street, derrière un autobus à impériale. J'te jure que ça vaut le coup. Arrête là. Il descendit, rattrapa l'autobus qui démarrait et sauta dedans. Harvey, pensif, tourna à gauche. Il avait l'habitude des arnaqueurs. Angelo était une redoutable canaille, un de ces types qui traînent dans les Caraïbes, vivant de combines et de contrebande, tueurs à gages à l'occasion.

Il imaginait le genre de tuyau que pouvait apporter un type pareil. Des complots fumeux pour reconquérir Cuba, surpris autour d'un tapis vert.

Pourtant, il devait y avoir quelque chose de sérieux cette fois. Et c'était pourtant un dur. Il y avait donc quelque chose de vrai dans son baratin. L'Italien lui avait téléphoné quatre fois en un jour et demi, insistant pour le voir d'urgence, très mystérieux, refusant de dire où il se trouvait. Bizarre, bizarre. Il accéléra, car une fuite l'attendait depuis deux bonnes heures à l'hôtel Dolphin Son contact, le second attaché du petit consulat U. Un certain Malko, dit S. De toute façon, jamais ses employeurs ne lui confieraient une somme pareille.

Ce serait à eux de prendre leurs responsabilités. Il dut stopper au feu rouge de Rawson Square pour laisser passer un flot de touristes, Polaroid en bandoulière, qui se ruaient sur le marché aux paniers d'osier comme si c'était une mine d'or. Au moins, pour eux, Nassau était une petite ville bien gaie et bien pittoresque. On se verra à la messe. C'était un sentier qui s'enfonçait dans la colline, vers le bidonville tropical où il avait trouvé un refuge provisoire. Harvey avait été accroché; il l'avait senti.

C'était peut-être la fin de ses ennuis. Il arriva à une vieille maison de bois décrépite, de style colonial, sans carreaux aux fenêtres. La porte était ouverte. A l'intérieur, il faisait une chaleur étouffante.

Les lézards accrochés au plafond se laissaient tomber de temps en temps, morts de chaleur, les pattes raides. Au fond, sur les ruines d'un fauteuil, un vieillard au visage ridé comme celui d'une tortue avec un cou de lézard, mastiquait une chique invisible. Angelo s'approcha à le toucher. Le vieux Noir le dégoûtait et il le soupçonnait de cacher un peu de lèpre sous ses haillons, mais il avait fichtrement besoin de lui.

Le vieux regarda le visage du Blanc, mince et anxieux et éructa languissamment dans un bruit de bouilloire: — C'est d'accord. Vas-y maintenant. Angelo n'avait pas lu Le baiser au lépreux et se contenta d'un vague geste de remerciement. Déjà le vieux était sorti de sa vue. Il attrapa sa petite mallette sous la table et sortit. Pour éviter de prendre l'autobus où on rencontre des gens, il coupa à travers le bidonville pour rejoindre Collins Avenue bâtie sur l'emplacement du mur qui empêchait jadis les Noirs de pénétrer dans le quartier blanc de Nassau.

Dès qu'il fut sorti de l'ombre des grands arbres, le soleil tomba sur lui, féroce. En cinquante mètres son complet de toile grise fut trempé. Il avait près de deux milles à parcourir. Mais chaque pas le rapprochait de la sécurité.

Il longea une haie d'hibiscus dorés pour trouver un peu de fraîcheur, mais il n'en pouvait plus. Il stoppa au coin de Bernard Road, à une buvette tapissée de vieux magazines pornos cubains et portoricains pour boire un coca.

Au loin, vers Culberts Bay, il apercevait une mer couleur de cobalt. Plusieurs voitures passèrent et il s'appuya au comptoir, le dos à la route. Ce serait trop bête de se faire repérer maintenant. Puis, il paya et repartit, marchant sur le bas-côté gauche de Soldier Road. Une grosse mouche bleue tourna longtemps autour de sa tête avec un bourdonnement de Jet.

Il mit presque une heure à parvenir au croisement de Soldier Street et de Blue-bell Road.

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Là, il était loin de la zone élégante des touristes. La sueur lui coulait dans les yeux et sa valise semblait peser une tonne.

Moitié parce qu'il avait marché vite, moitié parce qu'il avait très peur. Les gens qu'il avait défiés étaient sans pitié.

Il regarda autour de lui. Angelo aurait pu agoniser devant les grilles dorées, on ne lui aurait pas ouvert: il n'était pas membre du Club. Son voyage se terminait. De l'autre côté du carrefour, vers la mer, c'était le salut, à moins d'un quart de mille.

Soudain épuisé, appuyé à une cabane en ruine, il regarda le carrefour vide comme s'il s'agissait d'une étendue immense et dangereuse à traverser. Il avait tellement vécu dans le danger ces derniers jours qu'il ne s'habituait plus à l'idée de la sécurité.

Pourtant, les quelques Noirs endormis qui attendaient l'autobus pour Adélaïde, le village noir, un peu plus loin sur la route de Coral Harbour, se souciaient bien peu de lui. Deux interminables Cadillac noires, des taxis, passèrent à toutes vitesses, bourrées de touristes débarqués à Coral Harbour d'un quelconque paquebot de croisière.

Les Caraïbes à forfait, en huit jours et six cent cinquante-quatre dollars. Angelo se décida et avança à travers le carrefour. Ses yeux ne voyaient plus que la petite église blanche, construite en plein champ.

C'était le salut. Même la Mafia ne poursuivait pas ses victimes dans les lieux de culte. Et le Padre Torrio était italien comme lui. Il avait promis au messager qu'il l'hébergerait sans poser de question, au nom de la charité chrétienne et de la solidarité sicilienne. Le gravillon crissait sous ses semelles. Il se retourna mais le chemin était désert derrière lui. Celle-ci s'ouvrit avec un léger grincement. Angelo respira. Le Père Torrio l'attendait donc.

Normalement la petite église était fermée toute la semaine pour éviter que les gamins des bidonvilles voisins viennent en voler les chaises et que les couples de rencontre n'en altèrent fâcheusement l'esprit saint par des ébats hors de propos.

Surpris par la fraîcheur et la pénombre, il demeura immobile au milieu de la nef minuscule. Cela faisait une trentaine d'années qu'il n'avait pas mis les pieds dans une église. Malgré lui, il était impressionné. L'église était vide. Angelo inspecta rapidement les deux rangées de bancs où les Noirs d'Adélaïde hurlaient la messe chaque dimanche et le petit confessionnal bien ciré, à gauche.

Il avait ouvert sa veste et la crosse d'un Colt Cobra sortait de sa ceinture comme un gros chancre noir. Rien ne se passa durant cinq minutes. Il ne savait plus que faire. Puis, il y eut des pas sur le gravier et la porte s'ouvrit. Angelo se sentit envahi d'une joie immense en voyant le prêtre. Une bonne bouille ronde barrée d'une énorme moustache rousse, de bons gros yeux globuleux d'oiseau et une carrure de docker.

Il s'avança la main tendue: — Je Vous êtes Angelo Genna? Il bégayait un peu. Vous êtes le Padre Torrio? Le prêtre opina de la tête. Angelo avait envie de danser et de chanter. Angelo sourit, rassuré. Personne ne m'a suivi. Je vous remercie fichtrement. C'est chic ce que vous faites là Le prêtre hocha la tête avec indulgence. Mais dites-moi comment êtes-vous arrivé à cette situation, euh, dangereuse?

Vous comprenez, je ne voudrais pas être mêlé à quelque chose de trop il Nous y serons bien pour causer. Il vaut mieux que l'on ne vous voie pas trop. Angelo partit s'agenouiller, dans le minuscule confessionnal, suivi du prêtre. Ici, nous sommes dans la maison de Dieu. Si je ne peux garantir votre enveloppe charnelle, que je sauve au moins votre âme. Angelo était d'avis de sauver les deux. Mais il ne discuta pas.

Humblement, il mit son visage dans ses mains et s'agenouilla. Il se sentait merveilleusement en confiance. Le Père Torrio, dans le compartiment central, ouvrit le petit volet de bois, communia quant à la hauteur de leurs visages.

Angelo ne se le fit pas dire deux fois. Il raconta par le menu les événements qui l'avaient mené lui, chef-croupier estimé de toute la pègre de Freeport, à ce confessionnal. Le prêtre l'écoutait sans mot dire. Angelo approuva vigoureusement.

Vous savez, ce n'est pas dans mes habitudes de moucharder. Mais c'était injuste que l'on me retire la table de Black Jack. C'est une affaire entre vous et votre conscience. Je vais réciter une petite prière pour vous et nous irons au presbytère. Approchez-vous, pour réciter après moi. Docilement, Angelo appuya son visage aux croisillons de bois. Il distinguait à peine le prêtre dans l'obscurité presque totale qui régnait dans le confessionnal.

D'abord, il n'entendit rien. Puis un claquement métallique coupa le silence de la cage de bois. Angelo était tellement loin des basses réalités matérielles qu'il mit bien un dixième de seconde à réaliser que c'était le chien d'un pistolet qu'on armait.

Avec un hurlement, il se rejeta en arrière. La seconde balle lui brisa la mâchoire et le rejeta contre la cloison. Il n'entendit pas l'explosion assourdissante de la troisième qui lui brisa les dents de devant avant de lui pulvériser le cervelet.

Le Père Torrio tira encore deux coups qui s'enfoncèrent dans le torse d'Angelo Genna. Les explosions du 38 résonnaient encore dans la petite église et une âcre odeur flottait dans le confessionnal. Le Père Torrio sortit de son étroite niche et épousseta sa soutane. La joie qui illuminait ses bons gros yeux bleus n'était pas sans mélange. Avec cinq balles dans le corps, personne ne croirait au suicide. L'imbécile avait bougé trop tôt. Pourtant, le confessionnal; c'était une bonne idée.

Pas de risque d'être dérangés et l'autre avait dit tout ce qu'il savait. Il méprisait les silencieux qui empêchent de bien viser et la nouvelle vague qui craignait le bruit. Son arme rechargée, il l'empocha et se leva. Personne n'avait rien entendu.

C'était mieux comme cela. Il roula la soutane en boule et la jeta en guise de suaire sur le corps de l'Italien. Déjà, une large flaque de sang souillait le dallage clair, le long du confessionnal.

SAS 153 Ramenez-les vivants

Rapidement il fouilla le mort et empocha tous les papiers pour les trier plus tard. Avant de sortir, il prit la clef à l'intérieur, la remit à l'extérieur, ferma la porte à clef et l'empocha. Puis il s'éloigna sur le sentier. Le père Torrio n'existait plus.

L'homme qui franchit tranquillement la porte de la petite église s'appelait Jim O'Brien. A cette époque il avait faim et les hosties trempées dans le vin de messe lui avaient donné la force de faire son premier casse. Sifflotant gaiement, Jim O'Brien alla reprendre sa voiture, garée à trois cents mètres de là. Le Père Torrio, ficelé dans le presbytère avec du sparadrap et étourdi à coups de crosse ne se réveillerait pas avant un bon moment.

Il ne saurait jamais à quel point il avait été près de mourir. O'Brien était l'un des tueurs les plus dangereux du Syndicat bien que ses yeux bleus ne se départissent jamais d'une espèce de candeur glacée. Son bon sourire d'Irlandais ne s'effaçait même pas quand il truffait quelqu'un de plomb.

Il avait toujours trois revolvers sur lui, un dans la poche droite de son pantalon, un dans un holster sous l'épaule gauche et un dans la poche gauche de son veston. Il tirait aussi bien de la main gauche que de la droite. Il tuait posément, sans haine et passion. Sa seule vraie passion, c'était les fleurs. C'est un peu à cause d'elles qu'il avait accepté ce contrat, en dehors de ses zones habituelles d'action.

Aux Bahamas, on trouve quelques variétés très rares d'orchidées. Avant de s'embusquer dans l'église, il avait eu le temps d'aller visiter les jardins d'Adastra, au sud de la ville, réputés pour leurs variétés introuvables d'orchidées. Il s'était penché sur les fleurs, l'âme en paix. La morale usuelle n'avait aucun sens pour lui.

Les mauvais, il les tuait. Il était naturellement doué pour le meurtre comme d'autres le sont pour le dessin ou le tennis. Son indifférence paisible à la souffrance, la sienne ou celle des autres, son agressivité naturelle et son incroyable adresse au pistolet, en faisait un des tueurs les plus dangereux qui soient. Après être remonté dans sa Ford de location il exécuta un prudent demi-tour pour rattraper Blue Hill Road et partit sans se retourner.

Une demi-heure plus tard, il atteignait l'aéroport de Windsor Field. Il rendit sa voiture et pénétra dans le petit bâtiment de l'aéroport. Il avait déjà sa réservation sur le vol de la Panam à destination de Miami. Il regarda sa montre. Encore dix minutes avant le premier appel. Dans quelques minutes, ils allaient se poser à Providence Island, une des plus petites parmi les trois mille îles et îlots de l'archipel des Bahamas; la grande Bahamas où Bernon Mitchell avait disparu était beaucoup plus au nord, à cent milles.

Mais la piste débutait à Nassau, capitale de Providence Island, envahie tous les jours par des meutes de touristes de Miami, une île plate presque sans végétation et sans animaux, balayée régulièrement par les tornades.

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A côté de Malko, un type en chemise écossaise grommela: — Ça doit être encore plein de sauvages, là-bas. On ne va pas pouvoir boire l'eau du robinet Pour beaucoup d'Américains, les frontières de la sauvagerie commençaient à la limite du Middle West. Le Boeing glissa encore et quelques secondes plus tard ses roues touchèrent le sol de Windsor Field, au centre de l'île.

Malko connaissait pas mal de pays tropicaux. Mais Providence Island au mois de juillet, c'était assez exceptionnel Le temps d'arriver aux bâtiments en bois de l'aérogare, il avait l'impression d'avoir perdu dix kilos. Il n'y avait pas un souffle d'air. A l'intérieur, c'était encore pire. Trois files interminables d'arrivants étaient filtrées par des Noirs pointilleux et lents qui interrogeaient les passagers avec l'accent traînant des Caraïbes.

Il n'en savait rien. Mais sur le mur, il y avait une affiche en couleur vantant l'Emerald Beach. Les couleurs étaient superbes. Le Noir nota scrupuleusement l'adresse sur une feuille et rendit à Malko son passeport. Il hésitait dans le hall quand un grand Européen blond s'approcha de lui.

Vous êtes Décidément ses yeux dorés ne passaient pas inaperçus. Il tiqua sur l'énorme gourmette en or au poignet droit et sur les grands yeux bleus innocents. Trop innocents. Comme le visage d'un boyscout. Un peu trop net. Quant à la poignée de main, on avait l'impression de mettre les doigts dans un étau.

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Jack Harvey était vêtu d'une chemisette à manches courtes et d'un pantalon sans forme. A côté de l'impeccable costume d'alpaga de Malko, il faisait plutôt minable. En trois minutes, il eut récupéré la valise de S. Les bâtiments étaient sales et mal entretenus en dépit de la profusion d'affiches multicolores vantant les charmes de l'île.

Malko suivit Jack Harvey à travers la foule bigarrée des porteurs noirs et des touristes affolés. Parfait comme couverture On voyait bien que les Caraïbes étaient une zone secondaire pour la C.

Malko hésita sur le trottoir, mais débarquer en plombier à l'Emerald Beach, c'était vraiment trop. Ses ancêtres se retourneraient dans leur tombe. Tant pis s'il vexait Harvey. Peut-être vaut-il mieux que je loue une voiture. Nous nous retrouverons en ville. Jack Harvey haussa les épaules avec philosophie, ressortit la valise et la tendit à Malko, un peu goguenard. Je suis fauché en ce moment Au diable l'avarice.

Malko tira deux billets de vingt dollars et les lui tendit. L'autre les empocha si vite qu'il ne vit même pas dans quelle poche il les avait mis.

Vous trouverez facilement C'est un petit restaurant dans Parliament Street. A huit heures. Il remonta dans la camionnette, un nuage de fumée noire jaillit de l'échappement et il s'éloigna. Malko regarda sa montre: quatre heures. Hélas, ici, elles étaient remplacées par un grand métis un peu trop poli. Le prix d'une Cadillac air conditionné à New York. L'exotisme se paie. Malko signa les papiers et se laissa conduire jusqu'au véhicule. Il eut le second choc de la journée. Effectivement, c'était une Triumph.

Ou plutôt les débris d'une Triumph, bleu marine décapotable, sale et cabossée. Malko avait soulevé le couvercle du coffre retenu par un gros élastique. Le métis hocha la tête, accablé. On les volait toutes. Si vous crevez, vous téléphonez, on vient vous dépanner.

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C'est en roulant sur la petite route goudronnée qui faisait le tour de l'Ile, bordée de frangipaniers et de géraniums géants, que Malko réalisa que les seuls téléphones se trouvaient en ville. D'ailleurs, la roue, ce n'était rien.

Sa portière s'ouvrait toute seule environ toutes les cinq minutes. A l'embranchement de Windsor Road et d'Interfield Road, il évita un énorme autobus rouge d'une dizaine de centimètres. L'atavisme de Malko l'empêcha de jurer. On roulait à gauche comme en Angleterre. A chaque courbe, il y avait la carcasse rouillée d'une voiture dans le fossé. Seules, les mauvaises langues soutenaient que l'obligation de rouler à gauche était maintenue par les marchands de voitures de l'île.

Le hall de l'Emerald Beach était rose comme une bonbonnière. Quelques-unes des vieilles filles en faction dans le hall dévisagèrent Malko d'un air sévère. Avec son physique, il ne pouvait être qu'un suppôt du vice. L'hôtel était à cinq milles de Nassau, en plein sur la plage. Pour quatre-vingt dollars par jour, Malko obtint une chambre sur la mer au second étage.

Le portier lui jura qu'on pouvait se baigner tranquillement, seuls les tout petits requins osant s'approcher du rivage. A part cela, l'eau chaude était coupée jusqu'à nouvel ordre, et, en raison des élections, on pouvait s'attendre à de brusques pannes de courant.

Avec sa clef, on lui remit une chandelle. La chambre était spartiate avec des meubles en bois peint et la salle de bains suintait comme une grotte. Malgré l'air conditionné, l'atmosphère était presque irrespirable. Tout le long de la route, serpentant le long de la côte; Malko avait remarqué des poteaux téléphoniques abattus, souvenirs des cyclones précédents.

Ça promettait!

II pensa aux milliers de gens qui rêvaient des Caraïbes. Tristes tropiques Avec amour, il disposa la grande photo panoramique de son château sur le bureau de bambou peint en vert, et s'accouda au balcon: la plage était encore pleine de monde.

Il repéra avec plaisir plusieurs bikinis de couleurs vives très bien remplis. La famille Adam de Villiers est une famille d'ancienne bourgeoisie originaire du Blésois , établie à l'île de La Réunion [3]. Il ne connaît son père qu'à partir de l'âge de 17 ans [4].

À la mort de Ian Fleming en août , l'éditeur Philippe Daudy lui propose d'écrire des romans d'espionnage avec un héros récurrent. On lui doit aussi des livres d'enquête, notamment en Papillon épinglé où il démystifie le récit prétendument autobiographique d' Henri Charrière , Papillon. Et, en , une enquête sur l'enlèvement en Irak des journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbrunot [9].

Le 17 novembre , il est arrêté par la police et emmené devant le substitut du parquet qui lui demande le règlement immédiat d'une somme approchant les trois millions de francs pour dette fiscale, sous menace d'un emprisonnement immédiat contrainte par corps en cas de non-règlement. Il doit alors au fisc dix-sept millions de francs, pénalités comprises [11].

Tombe de Gérard de Villiers au cimetière de Passy. Le 30 janvier , Gérard de Villiers, qui est largement ignoré sinon méprisé [12] par la critique littéraire en France, se voit consacrer un long article à la une du New York Times. Dans cet article, l'auteur, journaliste confirmé spécialiste des relations internationales, explique la valeur et la fiabilité étonnantes des informations contenues dans les romans de Gérard de Villiers [13] , au point que de nombreux diplomates lisaient ses livres [14].

Cet article, ainsi que deux autres datés de , sont reproduits à la fin du tome La Vengeance du Kremlin. Il meurt à la clinique Bizet 21 rue Georges-Bizet à Paris [4] le 31 octobre Vie privée et patrimoine[ modifier modifier le code ] Gérard de Villiers porte le nom de sa mère, Valentine Adam de Villiers , descendante d'une famille d'ancienne bourgeoisie du Blésois issue de Jacques Adam , homme de lettres, bourgeois de Vendôme Loir-et-Cher Louis Armand de Villiers , était officier de marine, capitaine de port à Port-Louis Île Maurice.

Jacques Adam de Villiers était officier d'infanterie de marine, lieutenant-colonel, commandeur de la Légion d'Honneur , mort pour la France des suites de la Première Guerre mondiale. Gérard de Villiers s'est marié quatre fois avec, par ordre chronologique, Olga Vecchione en juin [23] , Annick, Marie-Christine Harispuru et Christine Loncle le 28 octobre [24] , [25].